Préambule

Nous avons choisi d'évoquer la période des guerres de religion qui ont marqué la France au XVIè siècle.

En effet, la plupart des monuments et des sites d'Escamps et de Chevannes sont cités dans les textes locaux qui relatent ces affrontements.

Les deux églises, les châteaux de Ribourdin, de la Mothe, de Fontaine Madame et d'Avigneau ainsi que le manoir de La Borde sont mentionnés dans le cadre des luttes qui ont opposé entre 1550 et 1580 huguenots et catholiques.

Les deux villages ont des origines fort anciennes

Chevannes

Une bulle du pape Innocent II de l'année 1131 fait mention d'une Eglise Saint Pierre de Chevannes appartenant aux moines de Saint Amâtre à Auxerre.

Le nom de Chevannes vient de "cavannae" désignant des cabanes, évoquant l'habitat modeste des serfs de l'abbaye .

Il était à l'époque séparé du hameau d'Orgy ( "Orgiacus", villa gallo romaine d'une dénommé Orgius ...)

L'essor de Chevannes débute au XIIIè siècle, période de grands défrichements sous l'impulsion du Prieuré de Baulches.

Chevannes connaît ensuite au XVIè siècle une floraison d'édifices , en dépit des troubles religieux.

Escamps

Le nom d'Escamps est mentionné pour la première fois dans la donation faite par St Héribert,  évêque d'Auxerre, frère du roi Hugues Capet, en l'an 990 , de terres et de l'église St Georges d'Escamps au profit de l'Abbaye St Germain.

Entouré de remparts dès le XIIè siècle, le village est assiégé en 1420, l'église fortifiée résiste 17 jours...

Elle est ensuite fortement dégradée.

En 1469, les habitants d'Escamps obtiennent une diminution de la taille " à cause que le lieudit Escamps tant au moyen des guerres comme de la pestilence est très peu peuplé ".

Eglise de Chevannes

Cette église de style gothique flamboyant est le joyau du patrimoine architectural de Chevannes.

Son clocher, visible de loin , en forme de bulbe, rappelle les clochers de Franche Comté.

Le premier édifice, érigé au XIIIè siècle, étant fort délabré, les habitants sont invités en 1515 par leurs seigneurs ( châtelains de la Mothe, de Fontaine Madame et de Ribourdin ) à affecter un vingtième de leurs récoltes de grains à la construction d'une nouvelle église.

Les fonds sont réunis , et en 1535, l'église actuelle est consacrée.

Une salamandre , emblème de François 1er , apparaît en haut du flanc nord de l'édifice.

En Octobre 1561, chassés d'Auxerre, les huguenots prirent l'habitude de se réunir pour des prêches dans le bourg de Chevannes.

En Janvier 1562, les catholiques de Chevannes refusent d'ouvrir les portes du bourg; les huguenots forcent la "Porte d'en Bas" et se rendent maîtres des lieux.

Ils profanent alors reliques et statues de saints, brisent des vitraux ..

Au XVIIè siècle ( 1642 ), des fonts baptismaux sont installés à l'entrée de l'église.

Au XIXè siècle ( Second Empire ), les vitraux sont rénovés grâce à de généreux donateurs .....

Eglise d'Escamps

Bâtie du XIIè au XIVè siècles, elle est de style ogival.

Des voûtes s'étant effondrées au début du XVè, de nouveaux piliers sont édifiés, dans un style "pré-renaissance".

Enfin, l'augmentation rapide de la population au XVIè siècle conduit à un agrandissement de l'édifice.

  • La légende : au VIIIè siècle, l'évèque Saint Tétrice Aymé , fut poignardé par son archidiacre; le banc sur lequel il expira fut conservé en l'église d'Escamps; les fidèles souffrant de maux de dents s'asseyaient sur le banc et la douleur disparaissait ....

Cette légende est évoquée dans un cartouche peint en 1654.

L'intérieur de l'église est richement décoré.

Il faut observer l'angelot jouant du violon ( mur sud, à droite du confessionnal ), ainsi que l'absidiole sud qui fait suite, savamment agencée de belle colonnettes.

Château de Ribourdin

Le manoir se compose d'un corps de logis rectangulaire, flanqué de deux tourelles aux angles Nord et Sud.

Edifié au tout début du XVIè siècle ( son premier seigneur, Pierre de Chuin, y vécut de 1517 à 1540 ), il témoigne d'une composition architecturale soignée.

Un cordon de pierre mouluré marque le niveau de l'étage; il s'interrompt pour laisser pointer le sommet de frontons triangulaires des fenêtres , portés sur des pilastres aux chapiteaux corinthiens, d'où émergeait un personnage en buste, aujourd'hui brisé.

Un cartouche armorié, malheureusement martelé , décorait le fronton central.

A l'entrée du parc, un superbe colombier atteste de la prospérité ancienne du domaine.

Il comprend 2800 boulins ( loges des pigeonneaux ); le droit médiéval autorisait 4 boulins par arpent possédé , soit environ 16 boulins à l'hectare.

Le domaine avait donc une superficie de l'ordre de 700 hectares ...

A l'époque des guerres de religion, la belle fille du chef protestant François Marafin de Guerchy épouse pendant l'absence de ce dernier Guillaume de la Bussière, seigneur catholique qui prend alors possession des châteaux d'Avigneau et de Ribourdin.

Un pacte , dit "pacte de Ribourdin" , est passé entre Marafin et De la Bussière.

Bussière conserve la nue propriété des propriétés, mais le produit des récoltes des terres avoisinantes sera attribué à Marafin ...

Manoir de La Mothe

Du château médiéval ( XIIIè siècle ) détruit lors des guerres de religion, ne subsiste qu'un escalier à vis orné des armoiries malheureusement martelées des seigneurs de la Mothe.

Un pavillon Henri IV a été édifié au début du XVIIè siècle, intégrant quelques éléments plus anciens ( fenêtres à meneaux de style Renaissance ).

Château de Fontaine Madame

Ce château fut édifié par les seigneurs de Baulches, et servait de résidence aux capitaines de la garnison .

Une imposante allée cavalière relie le château au bourg de Chevannes.

Son nom évoque la source abondante qui emplit ses douves.

Subsiste de son passé médiéval une poterne du XVè siècle, anciennement dotée d'un pont levis.

Les tours médiévales ont disparu.

Le château actuel est un harmonieux édifice XVIIIè, lié au souvenir de la famille Armand de Châteauvieux, seigneurs de Fontaine Madame, Serein, Servant, Montifaut et La Villotte.

Les Châteauvieux s'installèrent à l'Ile Bourbon ( l'actuelle ile de la Réunion ) au XIXè siècle, puis à Madagascar.

Après avoir fait fortune dans le sucre, le groupe "Bourbon" est devenu l'un des plus grands prestataires de services pour les installations d'exploitation pétrolière.

Ferme fortifiée de Baulches

Sur les bord du rû, les restes d'une imposante ferme médiévale témoignent de ce qui fut une forteresse édifiée dès le IXè siècle sur une île cernée de marécages.

Cette forteresse protégeait les abords du château de Fontaine Madame, et hébergeait la garnison.

Assiégée par Jacques de Savoie en 1472, la forteresse est rasée, une ferme est ensuite édifiée sur ses restes.

Une photo de 1909 présente la ferme sur son île, les zones marécageuses ayant été comblées peu après.

Abandonnée dans les années 40, elle a été rachetée récemment et devrait être restaurée.

Château d'Avigneau

Le village d'Avigneau est situé sur l'ancienne voie romaine allant d'Auxerre à Bourges.

Son nom vient du bas latin "advinare", planter de la vigne ...

Un important château féodal est édifié dès le 12è siècle.

Il en demeure un escalier à vis, incorporé dans le bâtiment Ouest.

Il est remanié au XVè siècle .

Dégradé par un siège au début du XVIè siècle, il est restauré par Guillaume de Chuin dès 1540 ( bâtiment Est )

Guillaume de Chuin fait entreprendre d'importants travaux de reconstruction, dont trois tours adaptées aux armes à feu, un colombier, un portail fortifié avec pont levis, et une grosse tour .

Le XVIè siècle constitue pour Avigneau une période de tourmentes.

Le sieur d'Avigneau , huguenot , escortant François d'Andelot, seigneur de Tanlay, en route pour Orléans, une compagnie de catholiques dirigée par Jacques d'Albon, Maréchal de France, profita de son absence , alla au château d'Avigneau  mais se contenta d'en piller les meubles.

Le sieur de La Motte , catholique , ( Chevannes ) aggrava ensuite les dégradations et emporta portes, châlits et fenêtres ...

Le château d'Avigneau reçoit François Ier le 13 Novembre 1541.

Veuve de Guillaume de Chuin, Marie de Champs épouse Antoine Marafin de Guerchy, redoutable capitaine huguenot.

Avec son voisin la capitaine de La Borde, seigneur de Serein ( Chevannes ), il conduit en 1567 des opérations qui aboutissent à la prise d'Auxerre

Lors des pillages qui suivent, les cloches de l'abbaye de Saint Père sont fondues et le métal amené au seigneur d'Avigneau...

Antoine Marafin de Guerchy succède ensuite dans les fonctions de Gouverneur d'Auxerre, sur ordre du Prince de Condé ,au capitaine de La Borde , jugé trop brutal .

Il part ensuite guerroyer sur la Loire.

Revenant à Avigneau en 1570, Marafin de Guerchy découvre que durant son absence, un capitaine catholique nommé de la Bussière s'en est emparé et a épousé la fille de Marafin.

Le château devient en 1592 propriété de la famille de Chastellux; Léon de Chastellux reçoit Louis XIV en Avril 1652.

Le château est flanqué vers 1730 d'un pavillon,( briques et pierres ), le porche et la balustrade sont aménagés.

Le pigeonnier ( 800 "boulins " ) est reconstruit.

Au début du XXè siècle, le propriétaire récupère des éléments anciens ( portail pris sur les ruines de la chapelle d'Orgy, restes d'un cloître pyrénéen du XIIIè ... ) et aménage un bâtiment côté Ouest.

Sur la façade du château , on peut voir une petite ouverture qui a été pratiquée à sa base pour permettre à un arquebusier de tirer.

Après le pont enjambant les douves, admirez un superbe portail adossé à une balustrade ( années 1730 )

Le cloître et le portail de l'ancienne chapelle d'Orgy composent un ensemble harmonieux, qui s'intègre bien dans la vision d'ensemble.

Tout permet de s'imaginer que cette structure médiévale a été bâtie in situ.